milton nascimento et les freres belmondo
| Saison : | saison 2008-2009 |
| Catégorie : | Concert |
| Durée : | 0 |
jazz
attention, la tournee europeenne de milton nascimento est annulee
le brésil a été l’une des grandes nations de la musique au xxe siècle et milton nascimento l’un de ses créateurs les plus originaux. auteur d’une œuvre à l’image de sa patrie, métissée et contrastée, l’enfant du minais gerais n’a cessé de brasser les genres, refusant toujours de s’enfermer Dans une esthétique, inventant plutôt un univers aux références multiples Dans lequel se sont mêlés tant d’éléments qu’il semble impossible de les énumérer tous. né sur la terre d’un « pays continent » dont le peuple est un brassage d’hommes et de cultures, latInes, africaInes, européennes, milton nascimento s’est façonné un monde de musiques où les éléments les plus communément associés aux sonorités du brésil comme la Samba, les toaDas ou la bossa-nova s’entremêlent, certes, mais qui ne s’est jamais limité à un genre plutôt qu’à un autre, empruntant son inspiration à la cHanson populaire américaine, à la pop des beatles, au jazz, aux folklores amazoniens, aux hymnes liturgiques ou aux œuvres du grand compositeur de sa nation, heitor villa-lobos, en fonction des disques et de son inspiration. lui qui a raconté comment la voix de ray Charles l’avait profondément boulEversé à l’adolescence, qui aime tout autant (comme l’illustre l’un de ses derniers albums) edith piaf, doris day et Sarah vaughan, n’est pas un homme à se laisser enfermer Dans une catégorie et a montré qu’il mettait, qu’il entonne une cHanson sentimentale ou des paroles subversives, une ardeur constante à chanter.
après avoir célébré deux musiciens qui, chacun à leur manière, ont cherché eux aussi toute leur vie (et continuent à le faire) à transcender les catégories de la musique &nDash; stevie wonder, le génie de la motown Dans l’album « wonderland », et yusef lateef, le mage de detroit, Dans « influence » &nDash; les frères belmondo prolongent leur entreprise de faire tomber les barrières entre les genres avec un interlocuteur qui a partagé la même ambition. ils redonnent ainsi à l’une des plus grandes voix de la mpb (la musica popular brasileira, l’écho de tout un peuple) un contexte à sa juste dimension : un écrin de bois et de cordes Dans lequel milton nascimento interprète certaInes de ses plus fameuses cHansons, qu’il s’agisse de travessia, milagre dos peixes ou cançao do sal, des airs qu’il revisite régulièrement comme on relit les pages d’un livre familier. dépouillant toutes ces mélodies superbes jusqu’à leur nudité originelle, rEvenant à l’essence pure des notes, lionel belmondo, étroitement aidé par Christophe dal sasso, a ainsi redessiné des habits d’ombre et de lumière à ces cHansons qui firent connaître le brésilien au monde entier, au point que ce dernier a pu avoir le sentiment de redécouvrir sous un nouveau jour ces airs qui l’accompagnent depuis des décennies.
nourries du travail assidu qu’il a mené sur l’œuvre des compositeurs du post-impressionnisme et de la tradition de l’orgue français (lili boulanger, gabriel fauré, maurice duruflé, Charles tournemire…) dont il a proposé des relectures tout à fait convaincantes sous le sceau du jazz, les partitions de lionel belmondo s’inspirent également des versions antérieures orchestrées par wagner tiso, l’ami d’enfance de milton nascimento, et des interprétations souvent boulEversantes données par elis regina, la grande chanteuse tragiquement disparue qui fit tout son possible pour faire connaître son protégé. l’adaptation d’une pièce de maurice ravel (berceuse sur le nom de gabriel fauré, à l’origine pour violon et piano &nDash; et Dans laquelle milton nascimento se fait entendre à l’accordéon) et la présence d’une autre inspirée de césar Franck s’intègrent à l’ensemble Dans une même unité de couleurs et d’écriture qui rappelle que le talent est l’art d’établir des corresponDances entre des mondes qui semblent ne rien avoir en commun. avec cette manière d’écrire la musique qui conjugue le respect avec l’audace, le sens des couleurs avec la clarté des lignes, lionel belmondo a ainsi orchestré ces cHansons en profondeur, transformant des mélodies de quelques notes aussi simples que géniales en des pièces d’une allure magnifique qui transcendent les genres, Dans la continuité d’une déMarche inaugurée par « hymne au soleil ».
a l’origine de cette rencontre avec le chanteur brésilien, stéphane belmondo nourrit comme d’autres grands musiciens de jazz &nDash; herbie hancock, wayne shorter et pat metheny, pour ne citer que les plus fameux &nDash; une véritable fascination pour les compositions de milton nascimento. il est le soliste inspiré qui, au bugle, vient enlacer la voix de son idole ou prolonger l’émotion de son chant avec un lyrisme d’une sensibilité exacerbée par la proximité et la confiance avec lui partagées. déjà complice à ses côtés pour interpréter les cHansons de stevie wonder, le pianiste eric legnini illumine de quelques solos superbes les arrangements subtils des cHansons, tout en cordes moirées et délicates touches de cuivres et de bois. le superbe édifice ainsi réAlisé autour de lui par les frères belmondo et leurs compagnons est apparu aux oreilles de milton nascimento telle une cathédrale de musique Dans laquelle il a entendu vibrer sa voix. aussi a-t-il tenu à apporter sa propre contribution en ajoutant différentes parties vocales qui viennent se fondre Dans les orchestrations d’un disque qu’on pourra légitimement considérer Dans son œuvre comme un nouveau jalon. quelle n’a pas été la surprise du chanteur, d’ailleurs, de découvrir que lionel belmondo avait naturellement choisi d’enchaîner ponte de aria et saudade dos aviões da pAnair, et de lui apprendre que ces deux cHansons avaient été composées le même jour, la mélodie de l’une lui étant venue spontanément sous les doigts au piano comme une libération alors qu’il était obsédé par l’autre depuis des heures. ne faut-il pas voir Dans cette anecdote une preuve de la communauté d’esprit qui s’était établie, aVant même que les hommes ne se rencontrent, par-delà les océans, par le biais d’une perception commune de la musique ? l’écoute de ce disque en apporte la permanente confirmation.
Vincent bessières
rédacteur en chef adjoint du magazine jazzman (Paris).
- - jeudi 30 avril 2009 à 21:00 - 25/23/20 Acheter en ligne