Le Dindon
| Saison : | Saison 2011-2012 |
| Catégorie : | Théâtre |
De Georges Feydeau
Mise en scène Philippe Adrien
Avec Vladimir Ant, Caroline Arrouas, Hubert Benhamdine , Valérie Blanchon, Pierre-Alain Chapuis, Eddie Chignara, Dominique Gould, Bernadette Le Saché, Pierre Lefebvre, Luce Mouchel , Patrick Paroux, Juliette Poissonnier.
Production ARRT/Philippe Adrien
Dans cette pièce, Feydeau se montre particulièrement inventif, son génie comique s’y déployant avec une aisance, une force et une prodigalité extraordinaires. Les situations s’enchevêtrent, s’enchaînent à toute vitesse, truffées de gags et de bons mots. Comme pour ses autres succès littéraires, la force de Feydeau est passée par une intrigue tournant autour de l’adultère, mais il a amplifié les procédés comiques et l’intensité de sa pièce afin de piéger tous ses personnages dans une comédie basée sur l’erreur et le quiproquo.
Synopsis
La vertueuse Lucienne est en proie aux assiduités du maladroit Rédillon et de l’infatué Pontagnac. Elle leur fait savoir qu’elle ne trompera pas son époux, le brave avoué Vatelin auquel elle a juré fidélité à condition qu’il en fasse de même, qu’il donne l’exemple. Ce qui débouche sur : «Vous m’avez trompée, je vous trompe aussi ! » Tout se complique, s’épaissit et s’épice avec l’arrivée d’anciens amants, de nouveaux soupirants et d’épouses outragées, Madame Pontagnac et Maggy, l’ex-maîtresse de Vatelin, arrivant chez lui inopinément.
Deux jeunes femmes qui ont juré de prendre un amant si elles étaient trompées, deux sémillants noceurs tout prêts à leur rendre ce service, une volcanique Anglaise qui menace de se suicider, un Londonien à l’accent marseillais, un médecin-major retraité et sa femme, sourde comme un pot, une cocotte, des grooms et un commissaire de police : Feydeau réunit tous ces personnages qui, pour la plupart, ne doivent à aucun prix se rencontrer et les jette dans une course haletante de chambre en chambre, au milieu de portes qui claquent et de sonneries qui se déclenchent.

Quel défi, ce théâtre à la fois si singulier et si parfait ! Oui, ce qui est renversant dans l’écriture de Feydeau, c’est son exactitude. Sur un acte entier de quiproquos, syncopes, aléas et atermoiements aussi affolants qu’imparables, les dialogues comme les situations, jusque dans leurs aspects concrets, nous paraissent toujours ordonnés à la perfection. J’entends d’ici le commentaire habituel : « Une véritable horlogerie ! » Pardon monsieur, mais il n’y a rien de plus chiant qu’une montre ! Ce qui de temps en temps me fait dire que mettre en scène consiste aussi bien à mettre en désordre qu’en ordre songeant à ces mathématiciens qui par exemple s’échinent à calculer le fonctionnement des catastrophes… Voilà, Feydeau est de ceux-là, un savant en matière d’embarras, bousculades, tournis, chutes, ratages et autres « catas » auxquels le genre humain est par définition exposé. « Mais vous pouvez me dire d’où ça vient, toutes ces bêtises ? » Pardon ma petite dame, vous avez déjà vu un chat se prendre les pieds dans le tapis ? Non, non, glisser sur les peaux de banane est réservé aux animaux qui parlent et par voie de conséquence croient vivre pour d’autres raisons que se reproduire. Touchés par le divin, ils veulent, n’est-ce pas, vivre pour aimer ! C’est alors que les vrais ennuis commencent dans l’imbroglio entre âme et corps, amour et désir, soit précisément ce à quoi sont confrontés les personnages, disons même les créatures de Feydeau en qui je verrais volontiers un démiurge farceur. Eh bien, chère grande amie, mon projet pour Le Dindon, notre projet est d’emboîter le pas à Feydeau et de ne céder ni sur la gravité et la profondeur de sa pensée, ni sur la légèreté et l’allégresse de son style. Philippe Adrien
Lorsque je suis devant mon papier et dans le feu du travail, je n’analyse pas mes héros, je les regarde agir, je les entends parler ; ils s’objectivent en quelque manière, ils sont pour moi des êtres concrets ; leur image se fixe dans ma mémoire, et non seulement leur silhouette, mais le souvenir du moment où ils sont arrivés en scène, et de la porte qui leur a donné accès. Je possède une pièce, comme un joueur d’échecs son damier, j’ai présentes à l’esprit les positions successives que les pions (ce sont mes personnages) y ont occupées. En d’autres termes, je me rends compte de leurs évolutions simultanées et successives. Elles se ramènent à un certain nombre de mouvements. Et vous n’ignorez pas que le mouvement est la condition essentielle du théâtre et par suite (je puis le dire sans immodestie après tant de maîtres qui l’ont proclamé) le principal don du dramaturge.
[...] En arrangeant les folies qui déchaîneront l’hilarité du public, je n’en suis pas égayé, je garde le sérieux, le sang-froid du chimiste qui dose un médicament. J’introduis dans ma pilule un gramme d’imbroglio, un gramme de libertinage, un gramme d’observation. Je malaxe, du mieux qu’il m’est possible, ces éléments. Et je prévois presque à coup sûr l’effet qu’ils produiront. L’expérience m’a appris à discerner les bonnes des mauvaises herbes. Et il est rare que je m’abuse quant au résultat.
Georges Feydeau cité par Adolphe Brisson,
“Une leçon de vaudeville”, dans Portraits intimes, V, Paris, Collin, 1901
On sort halluciné du Dindon de Feydeau mis en scène par Philippe Adrien (…)C’est à l’écriture même du texte,et des impasses que Feydeau se donne à surmonter, que nous fait assister la mise en scène virtuose, aidée par une troupe où tous excellent d’humour,d’originalité, de vérité (mentions spéciales à Pierre- Alain Chapuis, Eddie Chignara, Luce Mouchel).Fabienne Pascaud, Télérama
- La Cigalière - Sérignan - vendredi 20 janvier 2012 à 21:00 - 16€/12.5€/6€ Acheter en ligne