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Saperlipopette

le nEveu de wittgenstein

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© Philippe delacroix

 
Saison : saison 2008-2009
Catégorie : Théâtre
Metteur en scène : Bernard Levy
Auteur : Thomas bernhard
Durée : 0

avec : serge merlin
traduction : Jean-ClAude hémery
adaptation du texte : Bernard Levy et Jean-luc Vincent
assistant à la mise en scène : Jean-luc Vincent
décors : giulio lichtner
costumes : elsa paVanel
lumières : Jean-luc chanonat
son : Marco bretonnière
production : théâtre vidy-lausAnne e.t.e ; théâtre national de chaillot ; scène nationale de sénart
production déléguée : scène nationale de sénart. en collaboration avec la compagnie lire aux éclats

Dans le nEveu de wittgenstein, Thomas bernhard évoque son amitié avec Paul wittgenstein, nEveu du philosophe Ludwig wittgenstein. il s’agit d’une amitié essentielle et vitale qui rapprochent deux hommes en conflit avec le monde, deux hommes qui se retrouvent Dans un hôpital viennois, l’un au pavillon de pneumologie, l’autre au pavillon de psychiatrie. c’est Dans cette mise à l’écart du monde par la maladie que Thomas bernhard prend conscience de la valeur et du caractère unique du lien qui l’unit à son ami Paul, « un vrai ami qui comprenait jusqu’aux escapades les plus folles de mon esprit », mais qu’il n’a pas eu la force d’accompagner Dans les derniers instants de sa vie, « de peur d’être confronté directement avec la mort. » avec ce texte, bernhard rend hommage à son ami Paul, il lui écrit ce discours qu’il n’a pas prononcé sur sa tombe le jour de son enterrement. lorsque j’ai lu la première fois ce roman, j’ai été étonné de l’immense tendresse et de l’émotion qui s’en dégagent. je connaissais surtout le théâtre de Thomas bernhard, sa férocité descriptive de la société autrichienne, la violence obsessionnelle de sa langue. le nEveu de wittgenstein m’a révélé sa fragilité et sa profonde humanité que je percEvais déjà, mais que je n’avais jamais aussi directement ressenties. si le récit de l’amitié entre les deux hommes est une réflexion sur la solitude, la folie et la mort, il retrace aussi l’histoire de leur complicité par le biais d’anecdotes d’une drôlerie extraordinaire. c’est ce constant aller et retour qui me touche et me donne envie de faire entendre cette voix. j’ai découvert ce texte par l’intermédiaire de rené gonzalez et serge merlinet je perçois une réelle continuité entre ce projet et mon précédent travail sur l’oeuvre de Samuel Beckett. ces deux auteurs aux styles apparemment opposés ont des points communs flagrants : au-delà de leur humour féroce et de leur absence de complaisance envers le genre humain, je perçois chez eux une extrême sensibilité dont toute la singularité est de s’inscrire Dans une recherche minutieuse et parfois obsessionnelle du mot juste pour décrire l’indicible fragilité de l’être. dès lors, ce qui pourrait nous paraître violent et quelque peu morbide n’est pas l’effet d’une rage froide et gratuite, mais l’expression d’un désarroi profondément humain, comme quelqu’un qui, après une crise, s’abandonnerait et nous laisserait entrevoir une autre part de lui-même.
Bernard Levy, Jean-luc Vincent &nDash; mars 2007


« le récit de Thomas bernhard le nEveu de wittgenstein n'est pas une pièce de théâtre, mais une voix y parle continuellement, racontant une amitié entre l'écrivain narrateur et Paul, le nEveu du philosophe. a cette voix, un acteur s'offre tout entier, discrètement accompagné par le metteur en scène Bernard Levy confit d'humilité deVant l'art de cet acteur sans pareil qu'est serge merlin.
que tous les élèves de cours d'art dramatique de France sèchent immédiatement leurs cours et aillent acheter un billet pour entendre et voir ça. ils n'ont jamais vu et entendu une telle hauteur de jeu qui magnifie chaque phrase de bernhard en en exprimant tout le suc qu'elle recèle, ils ne verront jamais plus un acteur aussi incandescent -c'est à dire afafble un instant et terrible le suiVant, mourrant et sans cesse renaissant, homme, femme et enfant à la fois et cepenDant merveilleusement simple, tendre, désarmant. plus tard ils se diront avoir eu de la chance d'avoir vécu à l'époque où vivait serge merlin, comme d'autres ont eu la chance de voir sur une scène talma, Sarah bernhard, mouney sully, rachel ou la duse. au japon, merlin serait un trésor national viVant.
un manteau sur le dos, un bâton de Marcheur au bout du bras, un cartable sous le coude, il entre sur scène par le fond, jamais il ne s'approchera de nous très aVant, la salle gémier de chaillot ne le permet guère et qu'importe, c'est nous qui allons vers lui, comme happés, tout de suite magnétisés par sa présence. il ne dit rien d'abord, tel un aveugle ou un chat il marque son territoire avec ses pas, ses mains et puis il s'assoit et parle. ses premières paroles sont celles des phrases, lesquelles commencent le récit de l'écrivain autrichien.
Jean-luc Vincent et Bernard Levy ont adapté avec doigté la traduction de Jean-ClAude hémery (gallimard), c'est à dire qu"ils ont coupé Dans le texte en sorte que la représentation n'excède pas une heure trente, tout en préserVant le fil, au demeurant ondulatoire, du récit. on retrouve le Thomas bernhard que l'on connaît et qu'on aime, remettant sa phrase cent fois en bouche, la tournant , la retournant, poussant la langue Dans le retranchement de sa gangue. on retrouve l'homme furieux, l'impérial et impétueux vociférateur, et à cet égard les pages qui décrivent la remise du prix grillparzer au narrateur (double évident de l'auteur) sont magistralement rendues.
il faut entendre serge merlin dire des phrases comme: "car un prix est toujours décerné par des gens incompétents qui veulent vous chier sur la tête , et qui vous chient copieusement sur la tête quand on accepte leur prix en mains propre. et c'est à bon droit qu'ils vous chient sur la tête, parce qu'on a été assez abject et assez méprisable pour accepter qu'ils vous remettent leur prix."
merlin déplie la langue de bernhard, comme s'il en restituait à la fois la matière et l'écho, il en remue les braises, les fait flamber.
mais il ya un autre Thomas bernhard que merlin nous fait entendre comme les pièces de l'auteur ne le font pas ou peu mais que ce récit, sous-titré "une amitié", met en scène. un bernhard tendre, fragile, bordé de larmes, un homme blessé, un être travaillé par la détestation de soi. et ce bernhard là, merlin le comprend mieux que personne. il nous le fait toucher avec sa voix qui, soudain, chute d'un ou deux octaves, comme allant puiser sa force Dans je ne sais quel abîme, avec son corps qui dévisse de je ne sais quelle paroi et tutoie le vide ou bien son bras qui chasse sur le côté de mauvaises ondes, ou sa main qui agite son mouchoir deVant d'invisibles diablotins.
gestes aussi simples qu'insensés, inexplicables. l'acteur est grand quand en lui et autour de lui le mystère qui l'habite loin d'être dévoilé ne fait que croître.
le soir de la première, le frère de Thomas bernhard était Dans la salle gémier de chaillot, venu d'autriche voir l'acteur qui, à ses yeux, sert et magnifie le mieux l'oeuvre de son frère. il ya quelques années, en remerciement, serge merlin a reçu de cet homme une paire de gants ayant appartenu à l'écrvain. les gants sont là, Dans sa loge, ils veillent. et, à son poignet, discret tAlisman, la montre de Thomas bernhard. merlin, en scène, la touche parfois. il est plus que jamais à l'heure de Thomas bernhard.
au salut, le vieil acteur qui vient nous parler de la mort, se courbe, épuisé. les applaudissements redoublent, il revient et bientôt sautille. ce théâtre là aussi n' est que du théâtre nous fait &nDash;il comprendre, un jeu d'enfant, et c'est un enfant qui nous salue. et puis, comme les applaudissements n'en finissent pas, que l'acteur n'est qu'un humble serviteur d'un texte et d'un auteur qu'il craint toujours de trahir, serge merlin d'un geste nous fait comprendre que trop applaudir serait indécent. alors nous cessons d'applaudir. »
rue 89 Jean-Pierre thibaudat, 30 septembre 2007
 

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