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Saperlipopette

Tartuffe

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Mario Del Curto

 
Saison : Saison 2011-2012
Catégorie : Théâtre

De Molière
Mise en scène Eric Lacascade
Cléante
David Botbol
L‘Exempt
Arnaud Chéron
Damis
Simon Gauchet
Valère
Christophe Grégoire
Orgon
Stéphane E. Jais
M. Loyal
Norah Krief
Dorine
Eric Lacascade
Tartuffe
Daria Lippi
Elmire
Millaray Lobos
Marianne
Laure Werckmann
Mme Pernelle

 Production Théâtre Vidy-Lausanne

Eric Lacascade est l’un des plus grands metteurs en scène français, plusieurs fois invitéau Festival d’Avignon. Nous sommes heureux de présenter pour la première fois son travail à sortieOuest.

Il y a dans Tartuffe l’expression de passions humaines puissantes : jalousie, désir, haine, amour du pouvoirs ont à l’œuvre au sein d’une même famille. La famille est un champ de bataille, un champ de guerre, où stratégie, ruse, attaques soudaines et coup d’éclats se succèdent. Derrière la farce et la bouffonnerie, quelque chose de plus humainement banal, de plus quotidien, de plus réel, pointe son nez. Molière, qui siège au panthéon de notre culture, ne cessait de me revenir à l’esprit. J’étais attiré par la discipline des alexandrins, par le caractère très tranché des personnages et des situations, et par ces scènes tellement connues, tellement étudiées,… et c’est ainsi que « Le Tartuffe » m’est apparu tant comme une évidence que comme un défi. Eric Lacascade

Dans la maison d’Orgon, bourgeois parisien, Mme Pernelle, sa mère, reproche à toute la famille — Elmire, l’épouse d’Orgon, Damis et Mariane, ses enfants, Cléante, son beau-frère — la vie dissolue qu’ils mènent et qui suscite, affirme-t-elle, la réprobation des personnes de bien. Elle leur oppose la sage conduite de Tartuffe, dévot personnage que le maître de maison a recueilli. Pourtant, tous les autres membres de la famille l’accusent de n’être qu’un hypocrite. Mais le Tartuffe profite de l’aveuglement d’Orgon pour essayer de régenter la maison. Orgon est d’une telle crédulité qu’il décidera même de lui accorder la main de sa fille, Mariane, qui se croyait promise à Valère. Elmire décide donc d’agir —puisque le Tartuffe ne semble pas indifférent à son charme — et de prouver à son mari l’hypocrisie de son invité.


Mais Orgon ne demande qu’à croire le Tartuffe et lui prouve, une fois de trop, sa confiance en lui léguant tous ses biens. Le Tartuffe en profite pour le chasser de sa propre maison et de le faire punir par le Roi. Mais finalement, le Roi reconnaîtra Orgon, lui pardonnera et le Tartuffe sera jugé comme il le mérite.
Cette comédie en cinq actes était initialement nommée «L’Hypocrite» et ne comportait que trois actes. Molière désirait prouver que l’on pouvait faire de la comédie tout en traitant des sujets «sérieux», avec des personnages réalistes. Il désirait mêler le sacré au comique, faire rire sur ce qui impose d’habitude le respect. Louis XIV dût interdire la pièce car elle aurait pû être «mal interprétée». Après cinq ans et de nombreuses modifications de son texte, il fût enfin autorisé à la faire jouer. Le Tartuffe, Folio

3 questions à Eric Lacascade

En quoi Le Tartuffe s’inscrit-il dans l’ensemble de votre travail de mise en scène ?


C’est une première, pour moi, que de travailler Molière. Et pourtant je considère cela comme la suite de mes précédents travaux. Un travail en appelle un autre, l’étude approfondie d’une oeuvre crée du désir pour une autre; c’est ainsi. Après les grandes fresques populaires que j’ai faites avec «Les barbares» et «Les estivants», après mon Oncle Vania lituanien, j’avais, sans doute, la nécessité d’une
contrainte autre que celles imposées par Gorki et Tchekhov. Molière, qui siège au panthéon de notre culture, ne cessait de me revenir à l’esprit. J’étais attiré par la discipline des alexandrins, par le caractère très tranché des personnages et des situations, et par ces scènes tellement connues, tellement étudiées, sanctifiées par tous mes professeurs de Français… et c’est ainsi que «Le Tartuffe» m’est apparu
tant comme une évidence que comme un défi. Pour cette pièce, je collabore avec des acteurs qui me sont proches et avec lesquels je travaille, pour certains, depuis près de 20 ans. Eux aussi jouent Molière pour la première fois. Et l’on partage la même excitation.


 Dans quelle mesure cette pièce de Molière nous parle-t-elle aujourd’hui ?


Les grandes oeuvres ont un pouvoir d’attraction sur qui les joue et qui les regarde. Elles nous constituent, elles nous survivront, dépassant toutes époques, mystérieuses et insaisissables, tout en dégageant pourtant une grande impression
de réel. La grande oeuvre est irréductible et fascinante. Et ce qui affleure dans «Le Tartuffe» – les tensions familiales, les familles décomposées, recomposées, le désir, la passion, l’hypocrisie, le jeu et la manipulation – nous parvient immédiatement,
« ça » nous parle. Et le rire que génère la pièce est non seulement de toutes époques, mais également de tous âges.


Quelles sont vos principales influences artistiques ?


Elles sont multiples. La photo et le cinéma, évidemment. Le cinéma français des années 30, le réalisme poétique des frères Prévert, le cinéma italien des années 70. Et aussi Godard, Truffaut, Fassbinder ou Tarantino. L’influence ou l’énergie artistique, ce qui m’influence ou me donne envie de, ça vient du rock et de Schiller, de Proust et de Djian. De Sollers et de Kundera. De la danse contemporaine, de
la danse flamande, de Pina Bausch. De Jerzy Grotowski, mais de Vilar aussi et Vitez, bien évidemment. Et aussi des polars car faire une mise en scène, c’est tellement comme mener une enquête... Et du sport bien sûr! Je peux regarder n’importe quel sport à la télé, même le curling. Et puis je suis sous influence de la vie, c’est elle la grande inspiratrice. Les gens, les événements, la nature même!

Éric Lacascade fait partie de cette génération de metteurs en scène qui est venue au théâtre à travers les aventures tribales des années quatre-vingt. La scène française, où triomphe le metteur en scène démiurge et le texte de répertoirevoit arriver Pina Bausch qui va donner à réfléchir à nos traditions cependant qu’une vague de théâtre flamand, avec sa manière de pulvériser les règles de l’art, va ouvrir la voie à une génération nouvelle de créateurs.

À Lille, Éric Lacascade commence par être homme à tout faire au Théâtre du Prato créé par Gilles Defacque avant de fonder, avec Guy Alloucherie, l’une des compagnies les plus inventives de ces temps-là, le Ballatum Théâtre. Un doctorat en droit, la philosophie de Guy Debord, la rencontre avec le Maître Jerzy Grotowski parachèvent ces années de formation et l’entrée en théâtre. La création de «Ivanov», en 1989, à Liévin, révèle la compagnie.

En 1997, Éric Lacascade est nommé à la Direction du Centre dramatique national de Normandie. Le travail artistique d’Éric Lacascade se déploie en longues périodes, dans le cycle : «De la vie», de l’amour, de la mort, s’entrechoquent les écritures de Racine, Sophocle, Claudel, et Durif. «Électre», «Phèdre», «L’Échange» sont des prétextes à la recherche d’une écriture scénique dont la grammaire s’élabore dans des travaux de laboratoires, préludes nécessaires à une production. Le manifeste de cette recherche pourrait être «Frôler les pylônes», création collective faite pour le TNS en 1998 sous forme d’un oratoriorock. En 1998, «Ivanov» de Tchekhov est présenté dans une nouvelle création au Théâtre de l’Odéon. Commence alors un parcours à travers cet auteur dont Éric Lacascade dit :«Pendant, longtemps je me suis construit dans la compagnie de Tchekhov». En 2000, le Festival d’Avignon invite Éric Lacascade pour représenter, dans un lieu unique et avec une seule équipe de comédiens, trois textes de Tchekhov. À «Ivanov» s’ajoutent «La Mouette» et, comme un trait d’union entre les deux, «Cercle de famille pour trois soeurs», adapté de la célèbre pièce de Tchekhov. Les trois spectacles sont représentés quelque cent cinquante fois en France et à l’étranger. Ils valent à Éric Lacascade un Grand prix de la Critique décerné par le syndicat professionnel de la critique dramatique française et le prix Politika décerné par le Festival de Belgrade. Deux ans plus tard, c’est la Cour d’Honneur du Palais des Papes qui accueille Éric Lacascade avec Platonov.

Il réussit là un triple pari: faire entendre le réputé intimiste Tchekhov.

le vaste ciel de la Cour d’Avignon, occuper toutes les dimensions du lieu et le faire tenir par une troupe unie dans une épreuve chorale, à l’opposé de la tendance à la starisation des distributions antérieures. Le succès de l’entreprise est salué unanimement par la critique internationale et le public et se traduit par une reprise, dans le même lieu – cas unique – l’année suivante, celle de la grande crise des intermittents qui conduira à l’annulation du Festival quelques jours avant son ouverture. En janvier 2004, Éric Lacascade crée au Théâtre de l’Odéon «Hedda Gabler» de Ibsen, avec Isabelle Huppert dans le rôle titre. Parallèlement à ces grandes formes théâtrales, propices à développer des démarches chorales et spectaculaires, Éric Lacascade explore d’autres voies, parallèles ou expérimentales, suggérées par ses comédiennes inspiratrices. Il dirige Nora Krief dans deux spectacles musicaux: «Les Sonnets» de Shakespeare, puis «La Tête ailleurs», recueil de textes écrits pour la comédienne, par François Morel. À l’initiative de Daria Lippi, il dirige le projet «Pour Penthésilée», spectacle pour comédienne seule placée sous le regard de six metteurs en scène et chorégraphes.

Au Centre dramatique national de Normandie, Éric Lacascade défend un projet deThéâtre d’Art. Il propose des formes théâtrales populaires orientées vers le grand public, tout en se nourrissant de longues phases d’essai, de recherche, de laboratoire, et par ailleurs invente des formes originales de transmission vers les jeunes professionnels et les amateurs. Une école d’apprentis expérimentale organisée durant deux années, a formé une vingtaine de jeunes gens, formation approfondie par l’insertion dans le cadre d’un dispositif original mis en place pendant quatre ans. Le travail artistique d’Éric Lacascade s’appuie sur une équipe «mobile» de comédiens fidèles – certains travaillent avec Éric depuis les débuts – qui constituent la coopérative d’acteurs.

«Les Barbares» de Gorki a été créé au Festival d’Athènes, et repris dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes au Festival d’Avignon en 2006.

Représentations:
  • La Cigalière - Sérignan - jeudi 17 novembre 2011 à 19:00 - 16€/12.5€/6€ Acheter en ligne
  • La Cigalière - Sérignan - vendredi 18 novembre 2011 à 21:00 - 16€/12.5€/6€ Acheter en ligne